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* Attention : il ne s'agit pas de titres de numéros à venir et rien ne garantit que de ces thèmes aboutissent un jour à des numéros. -

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La France otage de l’Aqmi et de l’uranium

Emmanuel GREGOIRE

Emmanuel GREGOIRE [1], est directeur de recherche IRD, Centre d’études africaines (UMR 194-EHESS-IRD)

L’enlèvement de sept employés des groupes Areva et Vinci revendiqué par l’Aqmi pose une série d’interrogations aux premiers rangs desquelles figurent leur négligence. Manifestement, elles n’ont pas pris les mesures appropriées, comme elles le reconnaissent à mi-mot, pour assurer la protection de leur personnel basé à Arlit. Pourtant, les autorités nigériennes et le gouvernement français les avaient mises en garde des dangers qu’il encourait depuis les menaces proférées par les dirigeants d’Aqmi suite à l’opération militaire à laquelle la France a été associée aux côtés de l’armée mauritanienne. D’où une seconde interrogation, une fois la crise résolue : qui doit prendre en charge les frais occasionnés par leur imprudence : le contribuable français ou ces deux entreprises imprudentes ? Aux Etats-Unis, la compagnie BP a été contrainte de rembourser les frais engagés par l’Etat américain pour lutter contre les dégâts causés par ses carences techniques : pourquoi n’en serait-il pas de même pour Areva et Vinci ? Enfin, se pose à un autre niveau l’importante question de l’approvisionnement de la France en uranium.

Malgré les dangers du nucléaire dénoncés par les mouvements écologistes, celle-ci a décidé de construire de nouvelles centrales afin d’assurer son indépendance vis-à-vis du pétrole dont les réserves s’épuisent à l’échelle de la planète. Dans ce contexte, le Niger qui couvre déjà 30% de ses besoins est devenu un partenaire stratégique. À l’horizon 2015, il devra en couvrir 50% et sera alors le second producteur mondial derrière le Canada et devant le Kazakhstan (il est actuellement le 3ème). Attribuée in-extremis à Areva aux dépens d’une société chinoise, la nouvelle mine d’Imouraren doit produire 5000t d’uranate par an pendant 35 à 40 ans, c’est-à-dire de quoi faire fonctionner le parc français durant cette période. L’investissement est de 1,2 milliard d’euros soit 650 milliards de francs CFA répartis sur trois ans. Situé en pleine zone désertique saharienne (et non sahélienne comme le disent à tort les médias), Imouraren constitue un chantier considérable puisqu’il sera la plus grande mine à ciel ouvert d’Afrique. Il était initialement prévu que l’exploitation du gisement débute en 2013 et atteigne sa pleine capacité à partir de 2015, mais le chantier a pris du retard.

Si les sites d’Arlit et d’Akokan, vieux de quarante ans, peuvent fonctionner quelque temps sans la présence d’expatriés (Areva dispose de bons cadres nigériens), il n’en est pas de même d’Imouraren : la construction et la mise en route de l’usine et de la mine nécessite la présence d’ingénieurs et de techniciens très qualifiés (soit une centaine de personnes) que le Niger ne possède malheureusement pas. Areva doit donc faire appel à des expatriés et par conséquent sécuriser impérativement le site en plus de celui d’Arlit. En outre, le projet initial prévoit de n’y installer qu’une base de vie car la construction d’une cité minière nécessite de gros investissements comme ce fut le cas autrefois à Arlit. Il a alors été convenu avec les autorités nigériennes que le personnel travaillera sous forme de rotation, une partie (20%) étant logé à Arlit, l’autre à Agadez (80%), capitale de région et troisième lieu à protéger.

Cette dramatique prise d’otages risque d’avoir de lourdes conséquences pour la France : d’abord politiques car leur libération, que ce soit par le biais d’une rançon ou d’une action militaire, va être une entreprise très difficile. Économiques ensuite dans la mesure où sa politique nucléaire peut se trouver fragilisée : à une dépendance pétrolière, on a substitué une dépendance uranifère avec un plus faible nombre de pays producteurs que dans le cas de l’or noir. Le chantier d’Imouraren va prendre de nouveau du retard car il faut sécuriser la zone avant d’envisager le retour des expatriés. L’armée nigérienne sera-t-elle, alors seule, chargée de cette tâche ou fera-t-on appel, comme en Mauritanie, à un détachement des forces spéciales françaises ? Areva aurait déjà envisagé cette solution (Le Monde, 22 septembre 2010). Le Niger acceptera-t-il cette perte de souveraineté ou se tournera-t-il vers d’autres acheteurs ? Aux premiers rangs d’entre eux figure la Chine, mais il y a aussi l’Inde, le Canada, les Etats-Unis, la Russie, la Grande-Bretagne, l’Australie et l’Afrique du Sud auxquels des permis de prospection ont été délivrés. L’Aqmi et l’uranium du Niger n’ont pas fini de faire parler d’eux...


[1Auteur de « Touaregs du Niger, Le destin d’un mythe », Editions Karthala, Paris, mars 2010 (réédition avec une postface de l’auteur).

 

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