Analyser la souveraineté numérique au sein de l’Union européenne : une économie politique des interdictions de Huawei
Résumé :
L’article examine la quête de souveraineté numérique engagée par les pays de l’Union européenne (UE) à l’égard de la Chine, à la lumière des investissements chinois opérés dans l’UE de 2009 à 2021. Il s’appuie sur deux ensembles de données : i) la « Cartographie des géants de la tech chinois » publiée par l’Institut australien de stratégie politique et ii) les données fournies par Linsi et Babic (2024) sur les investissements directs étrangers (IDE) chinois en Europe. L’examen des investissements chinois dans l’UE entre le début de la dernière crise financière et la première année qui a suivi la pandémie de Covid-19 permet de constater que les pays qui ont imposé le plus de restrictions contre Huawei au nom de la cybersécurité (et de la souveraineté numérique) sont également ceux qui ont globalement bénéficié de la plupart des investissements technologiques chinois. Inversement, les pays qui adoptent une position davantage pro-chinoise affichent un plus petit nombre d’investissements chinois. Cet article, qui conjugue les perspectives de l’économie politique internationale et des études des sciences et des techniques (STS), montre que les interdictions prononcées contre Huawei dans l’UE, bien que souvent justifiées dans le discours par des arguments sécuritaires, visent en fait à rééquilibrer des rapports de dépendance économique potentielle.
Abstract : Mapping digital sovereignty in the European Union : A political economy of bans against Chinese technology
This article observes EU countries’ quest for digital sovereignty vis-à-vis China in light of Chinese investments in the EU from 2009 to 2021. It relies on two open datasets : i) the “Mapping China’s Tech Giants” datasets released by the Australian Strategic Policy Institute and ii) the dataset on Chinese foreign direct investments (FDIs) in Europe by Babic and Linsi (2024). By observing Chinese investments in the EU from the wake of the last financial crisis up to the first year after the start of the Covid-19 pandemic, this article finds that those countries who raised most barriers against Chinese technologies in the name of digital sovereignty and cybersecurity are also those who received most Chinese technological investments and FDIs in general. Conversely, countries with a stronger pro-China stance feature fewer Chinese investments. On this ground, this article argues that digital sovereignty stances in the EU are aimed at rebalancing relations of economic dependence, while EU countries with lower FDI attractiveness seek Chinese investments to differentiate investors and avoid overreliance on investment flows from a small group of countries.
Tweeter cet article Suivre @RevueHerodote sur Twitter

